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Coronavirus: pourquoi l’OMS ne peut pas faire plus pour le moment

Coronavirus: pourquoi l'OMS ne peut pas faire plus pour le moment
Coronavirus: pourquoi l'OMS ne peut pas faire plus pour le moment

Le 7 avril 2020, Donald Trump menace de couper la participation financière de son pays à l’OMS. Une goutte de plus, qui ne fait que montrer que l’organisation internationale fait ce qu’elle peut face à des États qui ne jouent pas vraiment le jeu pour assurer une santé mondiale. Alors pourquoi cette limite de l’OMS?

– 31 décembre 2019 : l’OMS apprend l’existence de premiers cas de COVID-19 en Chine. 11 mars 2020 : l’OMS qualifie pour la première fois la crise du COVID-19 de pandémie. Entre temps, on se rend compte que c’est plus grave que prévu, que personne n’est vraiment préparé, que le matériel manque, et une addiction toute particulière pour le PQ. Alors est-ce que l’OMS aurait dû réagir plus vite ? Les États collaborent-ils vraiment ? L’organisation, créée en 1948, a trois rôles principaux : notamment dans la recherche de traitement pour éviter les doublons par exemple. comme envoyer des masques par exemple. comme le suivi de la situation par pays et de préconisations pour la prévention. Mais sur ce dernier point, on sait que la France, contrairement aux préconisations de l’OMS, a beaucoup tardé avant de songer au dépistage massif.

Elle s’est même déclarée “non concernée” par cette recommandation, le 17 mars 2020. Pourquoi ? – Le 2 avril 2020, l’Assemblée générale de l’ONU a approuvé une résolution appelant à la “coopération internationale” et “au multilatéralisme” pour combattre le COVID-19. Mais quand on réfléchit, on est encore loin du compte. Les Pays-Bas et le Royaume-Uni ont d’abord prôné l’immunité collective. La Suède s’y tient toujours, alors que le reste de l’Europe se confine. Et les États-Unis ont réagi trop tard malgré les mauvais exemples en Europe. Encore un autre exemple du manque de solidarité, ce sont les vols de masques. Et on parle pas de filières bizarres, on parle d’États qui volent d’autres États. L’Italie en a été victime.

La France aussi, et là, c’est assez fort quand même : les États-Unis sont allés sur le tarmac juste avant que la marchandise ne parte en France pour faire une meilleure offre et les embarquer. Et la France n’est pas en reste, puisqu’elle aurait saisi des masques envoyés par la Suède, dont une partie était à destination de l’Italie et de l’Espagne. Si déjà ça, ça n’aide pas, on a aussi la Chine qui aurait menti sur le nombre de personnes décédées du COVID-19. Au-delà de la question des données, quand bien même, il semble que le premier cas de COVID-19 a été déclaré en novembre aux autorités chinoises et na été rapporté au bureau de lOMS que fin décembre. Et donc en fait il y a une perte de temps pendant ces deux mois où lOMS aurait pu apporter son soutien. Alors, la faute à Pékin ? Il y a un peu une ambiguïté avec le Règlement sanitaire international dans le sens où, comme cest pour toutes les maladies émergentes, cest aux États de pouvoir eux-mêmes décider si effectivement il y a un risque de portée internationale.

C’est un outil de droit – Toutes maladies existantes mais également maladies nouvelles ou émergentes ainsi que risques de bioterrorisme et risques nucléaires doivent être rapportés à lOMS si ces risques peuvent se propager au niveau international. Lautre point important de ce Règlement sanitaire international cest quil permet à lOMS de déclarer ce qui sappelle une urgence de santé publique de portée internationale même si lÉtat concerné nest pas daccord, ce qui est très important. Mais comment déclare-t-on une urgence de santé publique de portée internationale ? C’est au comité dexpert·e·s de l’OMS d’en juger, au cas par cas. Le Règlement sanitaire international de 2005 avait été en fait créé de manière à éviter de répéter les erreurs de lépidémie de SRAS et en fait ce quon se rend compte vingt ans après, cest que la crise actuelle du COVID-19 révèle en fait que les faiblesses du système international sont toujours présentes alors même quen fait tous les experts prédisent depuis des décennies quune pandémie du type de COVID-19 va arriver.

Et dans le cas de la Chine, si on prouve qu’en effet, elle a prévenu trop tard l’OMS, y a-t-il des sanctions ? LOMS dépend du soutien de ses États membres et donc sa situation politique va être potentiellement un peu délicate. Et en fait, un dernier point quil faut savoir cest quen fait le Règlement sanitaire international, alors je ne vais pas rentrer dans les détails techniques, mais ya une provision qui permet pour les États membres de ne pas forcément suivre les recommandations de l’OMS sils mettent en place des mesures qui sont soit égales en terme dimpact de santé publique soit meilleures. La définition de ça porte un peu à discussion. L’OMS, c’est l’agence des Nations Unies en charge de la santé publique.

Donc c’est large… Mais le gros problème, c’est le budget. Aujourdhui, la majorité du budget annuel de lOMS cest soit des donations dacteurs privés donc par exemple des donations de la Fondation Bill et Melinda Gates soit des donations dÉtats membres mais qui vont en fait être assignées pour des projets spécifiques. Donc les contributions qui vont être faites par les États finalement non assignées à des projets spécifiques cest moins de 20% du budget total de lorganisation. Ce quil faut savoir également cest par exemple les États-Unis ont annoncé le mois dernier en février quils avaient lintention de couper leur participation de 53%.

Et le 14 avril, Donald Trump est allé encore plus loin. Certes lOMS a beaucoup de défauts mais en même temps aujourdhui cest le seul organisme qui soit réellement démocratique et qui nous permet aujourdhui de pouvoir coordonner une réponse au niveau international. Et le pouvoir de l’argent n’est pas nouveau. La chercheuse Chloé Maurel rappelle un peu d’histoire dans The Conversation. Le premier directeur général de l’OMS, le Canadien Brock Chisholm (1948-1953), était un internationaliste. Pour lui, la santé, c’est un bien-être Une vision qui n’est pas partagée par certains États membres, comme les États-Unis.

Avec la guerre froide, la marge de manœuvre de l’OMS n’est pas aussi large qu’espérée. Elle se retrouve un peu coincée entre les deux blocs. Puis dès les années 80, elle est éclipsée par la Banque mondiale qui s’investit dans la santé. Bah oui, elle pense que le privé pourrait être plus efficace que le public dans ce domaine. À partir des années 90-2000, les lobbies de l’industrie pharmaceutique entrent dans la course. Ils poussent l’OMS à promouvoir des causes et des médicaments qui vont faire de l’argent. Mais c’est au détriment de maladies qui touchent beaucoup plus les populations de pays pauvres comme la lèpre ou la tuberculose. Mais bon, c’est moins intéressant financièrement.

Alors ne serait-il pas temps de changer la donne ? Pourrait-on avoir un système de santé mondial commun ? Pour autant, aller dans une direction commune semble être une solution. Aujourdhui il y a finalement assez peu de sujets de santé quun État peut complètement gérer tout seul donc cette nécessité dune politique de santé publique commune dans le monde, elle est encore plus importante aujourdhui quelle ne létait potentiellement il y a 30 ans. Et aujourd’hui plus que jamais, l’OMS peut avoir un grand rôle à jouer. – Ya un peu une tentation de repli sur soi, disolationnisme… et quon voit aujourdhui avec la réponse à lépidémie. Mais moi je pense en fait que cest linverse qui doit se passer, au contraire, cette pandémie elle montre quil faut quon travaille ensemble et quil faut quon réussisse à réinventer un peu notre système international.

1 COMMENT

  1. Elle dit avoir été prévenue trop tard et lorsqu’elle l’est que fait elle ? je pense au choléra au Cameroun !

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