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Covid-19: la situation en Afrique ressemble à celle de l’Inde selon de Directeur du CDC

Covid-19: la situation en Afrique ressemble à celle de l'Inde selon de Directeur du CDC
Covid-19: la situation en Afrique ressemble à celle de l'Inde selon de Directeur du CDC

Des pénuries d’oxygène médical dans de nombreux pays comme en Algérie, des hôpitaux saturés au Sénégal, l’OMS s’inquiète d’une 4ème vague au Maghreb. La situation sur le front du Covid-19 s’aggrave sur le continent. Le nombre de contaminations en Afrique australe, au Maghreb et dans une moindre mesure en Afrique de l’Ouest ne cesse d’augmenter. John Nkengasong, directeur du Centre Africain pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC), tire la sonnette d’alarme. Il est ce matin notre invité de Pierre Firtion)

L’Afrique fait face à une troisième vague de Covid-19. Où en est la situation sur le continent ?

John Nkengasong : La situation sur le continent est très très inquiétante. Aujourd’hui, au moins 6,5 millions d’Africains sont infectés. Concernant la troisième vague, au moins 29 pays sont en train de subir une troisième vague qui est très très  sérieuse, avec deux pays qui sont d’ailleurs dans la quatrième vague, l’Algérie et la Tunisie. Donc, la situation est vraiment très très inquiétante.

Quelles sont les zones les plus touchées ?

Selon la cartographie que nous avons aujourd’hui, la plupart des pays sont dans l’Afrique australe et l’Afrique de l’Est. Mais il y aussi quelques pays d’Afrique du Nord comme l’Egypte, la Libye, la Mauritanie, le Niger qui sont aussi touchés par la troisième vague. Mais la plupart des pays sont en Afrique australe et en Afrique de l’Est.

Peut-on comparer la situation dans certains de ces pays avec ce qui se passe en Inde ?

Bien sûr. Aujourd’hui, je peux dire que la plupart des pays sont en train de subir la situation que nous avons vue en Inde. Les hôpitaux sont remplis. Il y a un manque d’oxygène. Je pense que c’est partout en Afrique, en Zambie, en Namibie, au Botswana, c’est pareil.

Comment expliquer que le continent soit touché aussi fortement aujourd’hui alors qu’il l’était moins jusqu’à présent ?

Je pense qu’il y a plusieurs facteurs qui expliquent cela. Depuis un an et demi, le continent a tout fait pour gérer cette pandémie, et surtout avec un fort leadership exprimé au niveau de l’Union africaine par le président de la Commission (de l’UA) Moussa Faki Mahamat, avec l’appui du président de l’Union africaine, Cyril Ramaphosa. Mais c’est une pandémie, on ne pouvait pas continuer à gérer ça avec des mesures de santé publique sans quand même la vaccination. Vous constatez que notre taux de vaccination est très très faible. Aujourd’hui, moins de 1,3% de la population ont eu la chance d’avoir une deuxième dose de vaccin, c’est-à-dire des gens qui sont pleinement vaccinés. La population aussi commence à être fatiguée avec les mesures de prévention. Donc, il faut continuer à rappeler à la population que la pandémie est toujours là, porter des masques et éviter tous les rassemblements qui amènent des gens ensemble. Donc, il y a une combinaison de facteurs.

Vous le disiez, seulement 1% de la population africaine est vaccinée. Vous espérez avoir vacciné 30% de cette population d’ici au début de l’année prochaine. Est-ce que cet objectif n’est pas un peu irréaliste ?

Oui. On s’est fixé l’objectif de vacciner au moins 60% de notre population d’ici la fin de 2022. Or, si nous voulons, et j’insiste sur ce point, gagner la bataille contre le Covid-19, il faut vraiment tout faire pour au moins vacciner 25 à 30% de la population d’ici la fin de l’année. Sinon, nous risquons de rester avec le Covid sur le continent comme le VIH ou bien la tuberculose. Voilà ce que je propose comme une stratégie pour éliminer cette pandémie sur le continent. Il faut absolument mobiliser. L’Union africaine a déjà signé un contrat avec Johnson & Johnson pour activer au moins 400 millions de doses. Nous comptons aussi sur le partenariat avec le mécanisme de Covax [partage de vaccins mis en place par l’OMS entre pays pauvres et riches]. Nous comptons aussi sur nos partenaires, la France, les Etats-Unis, l’Allemagne qui sont en train de redistribuer des doses de vaccin. Donc, si chacun contribuait, nous pourrions arriver à ces 25 à 30% de personnes qui peuvent être vaccinées d’ici la fin de l’année. On n’a pas vraiment le choix.

Mais comment parvenir à lutter contre la défiance à l’égard des vaccins ?

Je peux partager certains chiffres avec vous. Aujourd’hui, le continent a déjà activé 83 millions de doses de vaccins. Et sur ces 83 millions de doses, 61 millions de doses ont été administrées. Cela représente à peu près 75% du taux d’utilisation du vaccin. Ça, c’est beaucoup. Donc, cela veut dire que si on était sûrs que les vaccins allaient arriver d’une manière prédictive, on pourrait vraiment mener une campagne pour mobiliser les populations qui vont utiliser ces vaccins. Mais ce n’est pas sûr, si on mobilise la population et que les vaccins ne sont pas disponibles, cela pose un problème supplémentaire.

On voit que le continent est confronté à de fortes pénuries d’oxygène médical. La demande a beaucoup augmenté ces dernières semaines. Comment faire face à cette pénurie ?

On ne peut pas renforcer nos systèmes de santé pendant et au cours d’une pandémie. Mais la situation est ce qu’elle est, donc il faut vraiment exprimer une solidarité pour régler ce problème. On compte  sur nos partenaires, on compte sur la coopération internationale, la coopération avec le mécanisme de l’OMS [Organisation mondiale de la santé], avec l’Union africaine, les coopérations bilatérales pour résoudre ce problème. Le problème est très important. Si vous regardez très bien, le taux des Africains qui entrent à l’hôpital et qui meurent finalement à cause du Covid sont ceux qui ont  besoin d’oxygène. Il y a un manque d’oxygène partout, mais il faut exprimer une solidarité importante pour régler ce problème.

RFI

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