Home Justice Madougou: les révélations de Me Mario Stasi sur les conditions de sa...

Madougou: les révélations de Me Mario Stasi sur les conditions de sa détention

Madougou: les révélations de Me Mario Stasi sur les conditions de sa détention
Madougou: les révélations de Me Mario Stasi sur les conditions de sa détention

Maître Mario Pierre Stasi, l’avocat français de Réckya Madougou est au Bénin. Et ce jeudi 8 juillet 2021, avec Me Renaud Agbodjo, avocat au barreau du Bénin, ils ont rencontré leur cliente à la prison civile d’Akpro-Missérété. La candidate recalée à l’élection présidentielle d’avril 2021 Réckya Madougou a été arrêtée le 3 mars 2021 à la sortie de Porto-Novo après un meeting politique. Elle est privée de sa liberté depuis cette date.

L’ancien ministre de la justice est accusée d’avoir financé un projet de meurtre de deux personnalités politiques dans sa ville natale, Parakou, dans le but, selon le procureur Mario Mètonou« de provoquer la terreur, le chaos et parvenir à faire suspendre le processus électoral ».

Dans la matinée de ce vendredi 9 juillet 2021, le praticien du droit a accordé un entretien à la rédaction de votre journal en ligne lanouvelletribune.info. L’entretien a eu lieu dans une salle de réception du cabinet du Me Renaud Agbodjo. L’avocat français a parlé de l’Etat de santé physique de sa cliente, de son état mental et a décrit les conditions dans lesquelles, elle est détenue. Il a confié qu’ils (les avocats de la candidate recalée du parti Les Démocrates lors de la dernière présidentielle) vont déposer dans la soirée de ce vendredi, une demande de remise en liberté de sa cliente même si cela doit être sous contrôle judiciaire. Lisez ci-dessous, en exclusivité, l’intégralité de l’entretien avec M. Mario Pierre Stasi.

Vous avez rencontré votre cliente hier jeudi 8 juillet. Dans quelles conditions elle est détenue et comment elle se porte ?

Les conditions de détention de Réckya Madougou, c’est l’isolement. Pas de téléphone, pas d’accès au téléphone, pas de télévision, pas de radio. Et même l’interphone pour appeler les gardes, est cassé. Elle est toujours dans la même cellule avec cinq autres femmes. Les vitres de la cellule sont cassées. Il y a de l’eau dans la cellule. C’est un isolement humiliant et dans des conditions sanitaires très préoccupantes. Pas de visite de la famille autorisée. La maman est autorisée uniquement pour apporter de la nourriture. Elle n’a pas le droit de parler avec sa fille. Donc, depuis début mars, c’est l’isolement. C’est indigne.

J’ai lu le président Talon qui parlait de démocratie. La démocratie c’est un Etat de droit, c’est le respect des personnes, c’est le respect de la présomption d’innocence. La démocratie c’est la liberté, la règle c’est que la détention est l’exception. Mais, là, c’est l’isolement. Je suis venu ici pour me battre pour qu’elle retrouve la liberté, qu’elle puisse se défendre normalement, dignement. Là, elle n’a pas de visite, même pas de sa maman. Et la seule visite c’est l’avocat. Et l’avocat avec des gardes qui regardent. Donc, il n’y a même pas une confidentialité pour travailler sur le dossier. Même le pire des voyous n’est pas traité comme cela. Le pire des voyous arrive à avoir la télé. Le pire des voyous arrive à avoir ce qu’il veut en cellule. Pour elle, c’est volontairement humiliant.

Donc, je l’ai vu. Elle est battante. On la connaît, elle a une force incroyable. Mais, je ne vais pas vous cacher que la prison dans des conditions humiliantes comme cela, use moralement. C’est fait uniquement pour user. C’est une femme qui se bat mais c’est un être humain qu’on fait souffrir volontairement. On veut la faire craquer. De quoi, je ne sais pas. Donc, je l’ai trouvé bien mais en prison depuis quatre mois et dans ces conditions, ça marque tout le monde. Ce sont des conditions non respectueuses des droits de l’homme. Sa place n’est pas là. Il n’y a rien qui justifie sa détention. Elle est connue. Il suffit de la mettre en liberté sous contrôle judiciaire et d’interdire qu’elle entre en relation avec les uns et les autres, d’interdire qu’elle quitte Cotonou le temps de l’instruction. C’est cela l’Etat de droit.

Rien ne justifie la détention quand on lit le dossier. Maître Renaud Agbodjo était à ses côtés le 17 juin (2021), elle a expliqué ce qu’elle a toujours expliqué et que les deux autres (co-accusés) expliquent. Elle n’a jamais organisé une quelconque activité délictuelle, criminelle. Donc, on ne peut rien lui reprocher. Elle a donné de l’argent pour la campagne en vue de la présidentielle. Elle en a donné pour organiser la campagne. Elle a toujours dit ça. Et rien dans le dossier ne vient contredire ses affirmations.

Le procureur spécial de la CRIET avait dit que l’argent était destiné à fomenter des attentats contre des personnalités politiques à Parakou. Est-ce qu’il y a déjà eu une confrontation entre les deux autres codétenus et votre cliente, Reckya Madougou ?

D’abord, vous allez retenir une chose. Ce n’est pas parce qu’un avocat dit une chose que c’est la vérité. Ce n’est pas parce qu’un procureur dit une chose que c’est la vérité. Ce qui compte, c’est ce qu’il y a dans le dossier. Moi, si je vous dis quelque chose, c’est parce que je sais que tout ce qui est dans le dossier vient à l’appui de ce que je dis. S’il y avait des éléments objectifs, des preuves qui viendraient accuser objectivement madame Madougou, je ne dirai pas que rien ne justifie la détention. Et ce n’est parce que le procureur dit quelque chose qu’il dit la vérité. Depuis début mars, la défense attend qu’on lui soumette des éléments objectifs même pas des accusations mais des éléments de preuve. Ce n’est pas parce que moi ou le procureur, Renaud (Agbodjo) ou le procureur dit quelque chose que c’est la vérité. La seule chose qui compte c’est le dossier. La seule vérité qui compte c’est ce qu’il y a dans le dossier.

Pour répondre à votre question, c’est tout le problème de cette instruction. Comme souvent, on ne sait pas quand il y aura la confrontation. Et en attendant, on laisse dans les conditions de détention, ma cliente le temps que ça leur plaise, le temps d’organiser les actes de l’instruction. Donc, on va déposer une demande de remise en liberté ce soir (ce vendredi 9 juillet 2021).

Donc, pour vous, jusqu’à présent, il n’y a pas de preuves pour accuser votre cliente ?

Alors, je ne maîtrise pas la procédure au Bénin. Si je dois faire un parallèle avec la procédure française, il y a le fond. Quand on veut faire reconnaître l’innocence, on fait une note au juge qui s’appelle la note aux fins de non-lieu. Je ne sais pas si ça s’appelle comme ça ici. On y écrit, vous ne nous avez pas apporté des arguments mais nous, on vous apporte des arguments pour vous dire que votre vérité est fausse. On ne connaît pas la vérité mais votre vérité, elle est fausse. On dit que votre vérité n’apporte aucune preuve de la culpabilité de l’accusée. Nous, ce n’est pas ça qu’on va déposer.

Nous allons déposer une note de demande de remise en liberté parce que rappelez-vous, je vous ai dit que rien ne justifie la détention. Elle est connue. Elle n’a jamais pris les armes ou appelé à un soulèvement militaire que ce soit au Togo, que ce soit dans la sous-région, que ce soit au Bénin. C’est une intellectuelle qui imagine des projets pour la société, qui a toujours servi le bien public. Cette intellectuelle, cette femme à qui on fait vivre des conditions humiliantes, nous considérons que sa place n’est pas en prison et que pour se défendre dignement et efficacement, elle doit être remise en liberté avec un contrôle judiciaire, avec une interdiction d’entrer en relation avec ceux qui sont dans l’affaire dont on parle, si le juge le décide. Réckya Madougou est une femme responsable. Elle respectera les obligations du juge. Donc, la demande de mise en liberté a ce but. C’est de faire reconnaître qu’au bout de cinq mois maintenant, qu’en réalité sa place n’est plus et n’a jamais été en prison. L’affaire, elle peut continuer à être jugée avec Réckya Madougou à Cotonou sous contrôle judiciaire.

Maintenant, comment se prépare la défense de votre cliente ?

D’abord, je ne peux pas tout vous dire parce qu’il y a quand, pour le coup, la confidentialité entre les avocats et la cliente. On a eu une réunion de travail, Renaud Agbodjo et moi-même, hier (jeudi 8 juillet 2021, NDLR) pendant plus de trois heures avec madame Madougou que je n’avais jamais vu. Nous y retournons tout à l’heure. Nous sommes en train de voir tous les aspects du dossier. Beaucoup se manifestent auprès de nous et s’étonnent de voir qu’elle est toujours en détention. Donc, nous faisons part à madame Madougou que beaucoup de gens pensent à elle, la soutiennent et ne comprennent pas cette situation. La défense, c’est aussi l’accompagnement.

Quatre ou cinq mois en détention, je ne sais pas si vous ou moi, on ne serait pas en état de détresse. Elle est d’une force incroyable parce qu’elle sait qu’elle n’est pas seule et parce qu’elle sait que, il n’y a pas une personne honnête qui imagine que c’est normal qu’elle se trouve dans cette situation-là. Mais nous, on est là, on l’accompagne juridiquement et humainement. C’est très important. C’est très important mais c’est insupportable. C’est pour cela qu’on veut déposer cette demande de liberté. Et on ne la dépose pas pour tirer la sonnette d’alarme. On la dépose parce que rien ne justifie la détention.

Au vu du contexte et de tout ce qui entoure ce dossier, avez-vous la conviction que cette demande va prospérer ?

Je suis venu ici et j’y reviendrai de tous façons avec la volonté et le souhait de rencontrer les autorités judiciaires et politiques. On en a fait une demande qui n’a pas encore eu de réponse. Mais, ce n’est pas grave. J’ai souhaité voir le ministre de la justice. Lorsque je reviendrai, je ferai les mêmes demandes auprès des autorités politiques pas pour leur expliquer mais, pour leur dire qu’eux comme moi, sommes attachés à l’Etat de droit et que l’Etat de droit, c’est le respect de la présomption d’innocence, le respect de la dignité humaine, le respect de la liberté. Et je ne sais pas le contexte politique. Vous savez, si je me levais le matin en me disant que ce que je commençais à élaborer était voué à l’échec, je resterais couché.

Moi, quand j’entreprends quelque chose, c’est peut-être un point commun que j’ai avec Réckya Madougou, c’est pour aller au bout. Donc, je ne me pose pas cette question. Ce que je vois, c’est que je suis en colère face à cette situation d’indignité humaine. Je pense que, elle a le droit de se défendre dans les conditions normales. Donc, mon combat est de l’expliquer peu importe la conviction politique. Je fais la même chose en France. En France quand il y a une situation qui ne se justifie pas, une détention qui ne se justifie pas, je vais voir le juge. Je dépose des demandes de mise en liberté, je plaide devant la cour d’Appel et puis je redépose une demande et j’explique qu’il y a des conditions dehors qui permettent à la justice de continuer de faire son travail et à elle d’être traitée dignement. Donc, ici (au Bénin) comme en France, on se bat pour le respect de la personne quelle que soit sa situation.

Quelle sera la suite à donner au dossier ?

C’est deux choses différentes. Elle est en prison, on se bat pour qu’elle sorte. C’est légitime. La règle du droit voudrait qu’elle se défende dans les conditions normales. Mais, le procès continue. Nous espérons qu’elle sera libérée sous contrôle judiciaire avec des obligations strictes. Ça, le juge décidera. Mais, l’essentiel c’est qu’elle puisse retrouver une vie décente, loin d’humiliations quotidiennes et loin de l’isolement. Elle ne sait rien de ce qui se passe parce qu’elle n’a pas accès à l’information. Elle ne parle à personne sauf à Renaud Agbodjo. Mais, en attendant, l’instruction va continuer. On ne sait pas la prochaine étape. On ne sait pendant combien de temps ça va continuer. On ne sait pas quand elle va être interrogée. On ne sait pas quand il y aura confrontation. C’est au juge d’en décider et nous informer à l’avance. Mais, ça peut durer des mois et des années.

LNT

LEAVE A REPLY

Please enter your comment!
Please enter your name here