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Thomas Sankara : la confidence de sa sœur 34 ans après son assassinat

Thomas Sankara : la confidence de sa sœur 34 ans après son assassinat
Thomas Sankara : la confidence de sa sœur 34 ans après son assassinat

15 octobre 1987-15 octobre 2021. Cela fait 34 ans que le Capitaine Thomas Sankara, ex-chef d’Etat du Burkina Faso a été tué à 13h30. En ce jour marquant la commémoration de son assassinat, Colette Sankara, l’une des sœurs cadettes du père de la révolution d’août 1983 au Burkina embouche la trompette pour remémorer l’esprit des Sankarististes sur le parcours de son frère. Dans une interview accordée au média en ligne lefaso.net datant du mardi 15 octobre 2019, cette sœur du capitaine-panafricaniste revient, sans faux fuyants, sur le parcours du Ché Guevara africain. Nous vous proposons quelques morceaux choisis du récit remis au goût du jour pour la mémoire de l’illustre soldat.

Sankara rêvait d’être militaire

« De retour du lycée Ouezzin Coulibaly de Bobo-Dioulasso, où il a eu son BEPC, il a dit qu’il ne souhaitait plus y retourner mais qu’il voulait être militaire. J’étais encore petite et ce jour-là j’étais seule à la maison, quand il a décidé de partir. Il a pris une serviette, une brosse à dents et s’en est allé. Une semaine après, mon papa a informé ma mère qu’on l’a appelé au camp Guillaume Ouédraogo pour lui dire que l’enfant a demandé à devenir militaire et il a été inscrit. Ils ont alors demandé au père s’il acceptait le choix de son enfant. Le papa étant un ancien militaire, n’a rien trouvé à redire à la décision de Thomas. Quelques jours après, il est revenu à la maison, un week-end, habillé en tenue militaire. Nous étions tous là à le regarder. Le dimanche, nous l’avons raccompagné jusqu’au camp. C’est ainsi qu’il est resté là-bas, à étudier, rentrant les weekends pour nous rendre visite. Pendant les vacances, il venait rester à la maison. Il passait son temps à nous raconter sa vie au camp. Mais nous devions aussi, Pascal, Thomas et moi, aller chercher de l’eau pour la maman. Nous l’aidions à faire les travaux ménagers. C’est au camp qu’il a eu son Baccalauréat, avant de partir à Madagascar. Il nous a expliqué qu’on lui a donné un nom malgache, des décorations et une maison à la fin de sa formation, avant son retour définitif ».Voir les images dans l’appli et economisez jusqu’à 80% de data

Une formation très dure à Moscou et à Pau

« Chaque fois qu’il revenait à la maison, Thomas réunissait les jeunes du quartier et leur montrait comment fonctionne l’armée. Avec des photos et même une vidéo à l’appui, il restait des heures à montrer comment se faisait la formation, comment était la vie militaire. Cela pouvait durer jusqu’à minuit. Il arrive que le papa lui dise d’arrêter et de continuer le lendemain. Il a expliqué aussi, après Madagascar, sa formation de parachutiste en Russie et en France (à Pau). Il nous a racontés comment il a souffert au cours de cette formation. D’ailleurs à son retour de France, il avait le corps boursouflé et il a fallu le soigner. Le général Baba Sy à qui il est allé se confier a reconnu la dureté de la formation à Moscou et à Pau. »

Sa sœur disait non à la politique

« Je vivais en Côte d’ivoire avec mon mari quand un de mes oncles est venu nous voir. Il nous a appris que l’on voulait nommer Thomas ministre. C’était sous le régime de Saye Zerbo (NDLR : il a été nommé en septembre 1981 secrétaire d’État à l’Information dans le gouvernement du colonel Saye Zerbo). Personnellement, j’étais opposée à cela. Et quand il est venu un jour à Abidjan, il est passé nous voir. Il disait avoir été instruit de voir la situation des boursiers burkinabè à l’extérieur. A cette occasion, je lui ai directement dit que je ne souhaitais pas le voir occuper un poste ministériel, comme cela se disait. Il est resté silencieux, sans me répondre. A son retour à Ouagadougou, il a vu la maman et lui a dit que dans la famille personne ne voyait d’inconvénient à sa nomination, sauf Colette. Il a expliqué à la famille le sens de son engagement en politique. Il nous a dit qu’il ne voulait rien, si ce n’est de s’occuper des jeunes diplômés en chômage. Il a dit qu’après sa mission, il quitterait ses fonctions car cela ne l’intéressait pas».

La famille exige que justice soit rendue

« Après le départ du président, les gens sont venus s’enquérir de nos nouvelles et savoir comment nous vivons la situation. Je leur ai répondu que nous regardions et écoutions comme eux. Ce sont les populations qui se sont mobilisées pour lui dire de partir. Et il est parti. Nous sommes là, et nous regardons, jusqu’au moment où je vous parle ».

« Mais jusqu’à ce jour, nous n’avons plus eu de nouvelles », indique Colette. Est-elle partante pour un procès ? « Oui, toute la famille souhaite la tenue d’un procès. Nous voulons savoir comment un tel a disparu ? Tu dois nous répondre sur ce qui s’est passé. Vous avez vécu ensemble, et nous avons appris comme tout le monde qu’un tel n’est plus. Que s’est-il passé ? », s’interroge Colette. Les frères et sœurs de Sankara veulent une réponse à cette question, car dit-elle, « la justice n’a pas commencé avec nous. C’est depuis les temps immémoriaux. Si nous connaissons la vérité, nous pourrons l’expliquer à nos enfants. Mais sans lumière sur cette affaire, on ne pourra jamais dire ce qui s’est passé. Nous voulons donc un procès ».

Né à quelques jours de Noël

La venue de Thomas Sankara sur terre est racontée ainsi par Colette : « Quand ma mère racontait l’histoire de Thomas, elle n’en finissait pas. Il y avait trop de choses à dire sur lui. Ma mère nous a expliqué comment elle a eu Thomas. Après avoir enfanté deux filles, elle voulait un garçon. Elle est allée voir un prêtre qui était un Blanc, pour lui expliquer son problème. Et le religieux a illustré son cas avec la prière d’Anne, dans la Bible, pour avoir Samuel. Il lui a dit d’aller faire la même chose. Il a recommandé à ma mère de jeûner pendant un mois pour demander à Dieu et son vœu sera exaucé. Effectivement, c’est ce que fit notre mère. A la fin du jeûne, elle a prié, dans la nuit, pour demander un garçon. A quelques jours de Noël, le 21 décembre précisément, elle a accouché. A son grand soulagement, c’était un garçon, mais il était tellement petit qu’elle se demandait s’il survivrait. Au moment de le baptiser, il était tellement petit qu’on l’a installé sur l’autel. Huit à neuf mois après, on a constaté une transformation : c’était devenu un homme. La mère ne pouvait même plus le porter au dos, tellement il a grossi. ».

Lefaso.net

 

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